6 propositions d’optimisation des solutions d’identité pour une identification plus inclusive et plus efficace dans le contexte africain
6 propositions d’optimisation des solutions d’identité pour une identification plus inclusive et plus efficace dans le contexte Africain.
Quel est l’objectif ?
L’objectif spécifique de développement durable 19.1 ainsi que de nombreux programmes internationaux prennent leur justification dans le constat de non identification d’une partie de la population (le 1 milliard de personnes sans identité). Ces personnes sont invisibles car non recensées, elles ne sont donc pas prises en compte dans les politiques gouvernementales et sont exclues de manière générale, socialement et économiquement.
La stratégie : point focal sur les exclus
Pour atteindre cet objectif, il faut adresser en priorité les populations exclues de l’identité (les « invisibles ») car ce sont elles qui constituent le 1 milliard de personnes sans identité.
Il convient donc de comprendre les causes racines de la non identification et de les adresser par des solutions spécifiques, quitte à niveler davantage par le bas les solutions techniques pour être inclusif.
Les multiples causes du problème
Les personnes non identifiées ont parfois un problème d’accès : distance vers l’enregistrement, temps de déplacement à cause d’absence de moyens ou d’infrastructures de transport, temps perdu dans les démarches administratives complexes ainsi que le manque à gagner pour ceux qui gagnent juste de quoi subsister. Il y a également le problème d’accès aux technologies, par exemple, en raison de l’absence d’infrastructures comme l’électricité ou l’internet.
Il y a aussi souvent une absence de motivation : par méconnaissance des bénéfices ou parfois par leur absence de retour clair et immédiat. De plus, certains méconnaissent les procédures par manque d’éducation ou parce qu’ils ne savent pas lire et écrire. Enfin, certains estiment ne pas en avoir besoin car ils vivent dans un monde qui reste informel et local.
Pour terminer, il existe des barrières sociales, religieuses, communautaires qui participent au frein à l’enregistrement des identités, et notamment à celui des enfants.
Les conséquences pour les individus
Les personnes sans identité en subissent directement ou indirectement les conséquences car elles ne sont alors pas comptées dans les programmes gouvernementaux, type éducation, santé ou aide sociale.
En conséquence, elles ne sont pas éligibles à leurs droits fondamentaux comme le droit à la santé, à l’éducation ou encore celui de voter.
En l’absence de moyens de prouver leur identité tout devient encore plus compliqué pour elles et elles entrent dans une spirale d’exclusion et de pauvreté dans laquelle elles entraînent également leurs enfants.
Il est possible d’adapter les solutions classiques
Le spectre de solutions
Il n’y a pas de solution unique miracle ; les raisons de la non-identification étant multiples, les solutions doivent être multiples. Plus on essaie d’atteindre les 100 % d’enregistrement, plus il y a de cas particuliers.
Heureusement, il existe des spectres de solutions qui adressent des ensembles de causes, qui combinées permettent d’approcher les 100 % de couverture.
Enfin, pour ceux qui restent, il faut être capable d’adresser les cas particuliers et prévoir des solutions de contournement dans le cadre de l’enregistrement et aussi de la vérification d’identité.
Analyse du changement à mener
Les mêmes causes entraînant les mêmes conséquences, si l’on ne change pas les méthodes d’identification, les mêmes personnes seront toujours exclues.
Certaines solutions apparaissent évidentes : pour davantage d’inclusivité, il faut davantage d’engagement proactif des États et donc plus de mobilité dans l’enregistrement.
Cela signifie utiliser des solutions adaptées aux contextes de vie des populations.
Également, cela consiste à ne pas compter sur une démarche volontaire des individus, mais à retourner davantage la responsabilité de l’enregistrement vers le service public et à mettre en œuvre des solutions spécifiques pour les cas non couverts.
Quel est l’indicateur de succès ?
La mesure de succès dans l’objectif de développement durable 19.1 n’est pas le pourcentage de population enregistré à l’identité mais le pourcentage de personnes n’ayant préalablement aucune forme d’identité qui sont finalement enregistrées.
Ne sont pas la priorité ceux qui ont déjà un acte de naissance, une carte d’électeur, un compte bancaire ou un téléphone mobile, qui sont déjà une forme d’identification qu’il est possible de « recycler » pour une identité fondamentale légale ; ils ne contribuent pas réellement à l’objectif des Nations Unies.
Par contre, ceux-ci doivent être adressés en réutilisant leur forme d’identité existante (voir plus loin).
Les pistes et les propositions de solution
1 / Plus de proactivité et de mobilité
Enregistrement proactif
Plus de proximité dans l’enregistrement permet d’atteindre ceux qui n’accèdent pas à l’identité.
L’enregistrement doit aller vers les gens et ne pas attendre l’inverse ; il doit être enregistré au plus proche physiquement et temporellement des événements de vie (par exemple la naissance), préférablement donc par les organes de santé ou de justice.
Les nouveau-nés n’ayant, bien sûr, aucune forme d’identité préalable, ne pas les enregistrer c’est créer les invisibles de demain et donc ne pas mettre en place une solution durable, en laissant le même problème se répéter éternellement, nécessitant des investissements massifs répétés au lieu de pérenniser une solution sur le long terme.
Prendre du recul par rapport aux méthodes classiques et diversifier les solutions
Les méthodes classiques type centres d’enrôlement ou valises d’enrôlement mobiles ont permis d’enregistrer avec succès une partie des populations qui possèdent actuellement une identité ; pour les autres cela a échoué et il convient donc de mettre en œuvre de nouvelles solutions pour eux.
Les kits mobiles présentent l’avantage d’une saisie de qualité des données biométriques et démographiques, mais ils ont une transportabilité limitée : ils sont relativement encombrants et lourds, difficiles à transporter en l’absence de routes en bon état, notamment pour un individu seul. Leur mise en œuvre demande un espace dédié (table, chaise) et un temps de préparation (mise en place des équipements).
Il serait donc utile d’introduire pour certaines zones géographiques des solutions plus transportables, autonomes et plus mobiles afin d’atteindre les populations les plus reculées, en déployant des solutions pensées pour le transport, la flexibilité d’usage et une mise en service rapide.
Cela pourrait concerner une partie du parc d’enrôlement, le reste pouvant continuer à se baser sur des stations fixes utilisables dans des lieux dédiés à l’enrôlement sur le long terme, ou des kits mobiles quand les infrastructures de transport (routes) sont disponibles et quand la densité locale de population le justifie.
Il existe désormais des solutions plus mobiles et adaptées aux contraintes terrain, notamment des tablettes électroniques qui combinent tous les éléments de capture nécessaires dans un format compact et portable afin d’atteindre les zones les plus reculées.
Si leur utilisation diffère peu des solutions classiques, leur mise en œuvre doit inclure certaines adaptations des systèmes d’identification pour en tirer le plein bénéfice, en prenant du recul et en re-formatant les procédures.
Proposition 1 : intégrer plus de mobilité dans l’enregistrement de l’identité pour couvrir les zones les plus isolées.
2 / S’adapter au contexte, notamment aux infrastructures disponibles ou indisponibles
Le manque d’infrastructures
Dans le contexte africain, les infrastructures sont limitées voire parfois inexistantes dans certains endroits : routes, électricité et internet ne sont pas là.
Même si des efforts importants sont menés en matière de déploiement des réseaux, il y aura toujours des zones dont la densité de population (ou la non sédentarité) justifie difficilement des investissements très importants dans ces infrastructures.
L’accès au réseau internet
La plupart des systèmes d’enregistrement d’identité fonctionnent en mode connecté par défaut.
Or le contexte d’enregistrement des « invisibles » est souvent hors-ligne. Les solutions d’enregistrement d’identité devraient fonctionner en mode déconnecté (offline) par défaut et saisir le bénéfice de la connectivité quand elle est disponible.
Le non-respect de ce principe entraîne les solutions à fonctionner en mode dégradé par rapport à leur conception au lieu d’être en mode nominal, entraînant perte d’efficacité et exclusion.
Les systèmes d’enrôlement pour les élections ont démontré qu’il est possible de fonctionner en hors-ligne ; c’est un bon modèle à suivre.
Les opportunités des réseaux mobiles
Dans certains pays, le réseau GSM 2G est très répandu et permet une couverture relativement large ; le succès des solutions de mobile money en est la preuve.
De nombreuses opportunités s’offrent en matière d’identification aux pays qui sauront en tirer les bénéfices en les utilisant. De nombreux services interactifs pourraient être développés en les utilisant.
Proposition 2 : l’enregistrement doit être disponible en mode hors-ligne et tirer parti des réseaux 2G.
3 / S’appuyer sur ce qui est déjà en place
Réutiliser les formes d’identité existantes
Dans la plupart des pays existent déjà des formes d’identification : actes de naissance, carte de vote, enregistrement mobile ou bancaire, qui peuvent être réutilisées dans le cadre de l’identification pour alimenter la base de population voire pour être utilisées comme identifiant (par exemple, réutilisation d’une carte d’électeur déjà distribuée).
Proposition 3 : réutiliser les formes d’identité en place qui couvrent déjà une partie très significative de la population, mettre l’accent sur leur intégration avec l’identité fondamentale et sur l’enregistrement de ceux qui n’ont aucune forme d’identité.
Impliquer les parties prenantes locales
La proximité étant primordiale, il est important d’intégrer les parties prenantes locales qui ont accès aux populations : administrations locales, chefs de communautés, établissements et personnels de santé…
Ceux-ci ont un accès direct ainsi que la confiance de la population : ils peuvent être des barrières s’ils ne se sentent pas impliqués ; à contrario ils seront moteurs s’ils sont parties prenantes.
Proposition 4 : utiliser les moyens locaux existants (locaux, personnels, réseaux), qu’ils soient publics ou privés.
4 / Développer l’attractivité et lever les craintes, passer des messages forts en particulier pour l’enregistrement des enfants
La prise de décision pour un individu de se faire enregistrer s’effectue en comparant les bénéfices immédiats versus les contraintes et les peurs. Il convient donc de bien identifier les bénéfices et de mitiger les craintes, ensuite de les porter par une communication envers la population.
Afin de bien préparer la communication à la population, des études préalables sont nécessaires pour effectuer la taxonomie des avantages obtenus par l’identification ainsi que des barrières psychologiques à lever ; celles-ci peuvent être personnelles, culturelles, familiales, religieuses, financières…
Proposition 5 : le design des programmes d’identité doit compter avec une fine connaissance des problématiques des populations pour identifier ce qui influencera la décision de s’enregistrer. Ceci nécessite bien sûr une étude sur le terrain avec des locaux.
5 / Prévoir des solutions de contournement
Nous avons vu que pour atteindre l’inclusivité à 100 %, il est nécessaire de connaître les raisons qui freinent l’enregistrement et de les adresser par des solutions spécifiques.
Cela implique que le processus d’enregistrement soit capable de les détecter et de les adresser, et donc d’avoir la capacité de s’adapter quand des cas exotiques sont identifiés.
Proposition 6 : au-delà des processus nominaux, le système d’identité doit compter avec une panoplie de processus en mode dégradé pour gérer les cas exotiques et offrir la flexibilité pour gérer ceux non prévus.
Conclusions
Une identification inclusive doit être intelligente et non pas mécanique.
Elle doit tirer parti des technologies et de l’expérience des autres pays, mais elle doit savoir s’adapter aux contextes locaux en adaptant les procédures et en choisissant les bonnes technologies.
Elle doit aussi prendre en compte les cas les plus exotiques, être flexible, éviter les critères éliminatoires en offrant des solutions de contournement au cas par cas.
Elle doit finalement tirer bénéfices de l’ensemble des assets qui sont déjà en place : formes d’identité, infrastructures, données, communautés.
Résumé des propositions
- Plus de mobilité. Intégrer plus de mobilité dans l’enregistrement de l’identité pour couvrir les zones les plus isolées.
- Hors-ligne / 2G. L’enregistrement doit être disponible en mode hors-ligne et tirer parti des réseaux 2G.
- Réutilisation. Réutiliser les formes d’identité déjà en place qui peuvent déjà couvrir une partie très significative de la population, mettre l’accent sur leur intégration avec l’identité centrale et sur l’enregistrement de ceux qui n’ont aucune forme d’identité.
- Capacités locales. Utiliser les capacités locales existantes (locaux, personnels, réseaux), qu’elles soient publiques ou privées.
- Motiver. Le design des programmes d’identité doit compter avec une fine connaissance des populations pour identifier ce qui influencera la décision de s’enregistrer. Ceci nécessite bien sûr une étude locale.
- Contournements. Au-delà des processus nominaux, le système d’identité doit compter avec une panoplie de processus en mode dégradé pour gérer les cas exotiques et offrir la flexibilité qui empêchera l’exclusion.
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