Un ABIS open source : la liberté, pas l’indépendance

Source : Biometric Update, « Open-source-based Bharat ABIS shows potential for national-scale deduplication » (Chris Burt, 23 septembre 2026).

Comme le rapporte Biometric Update, une équipe de chercheurs majoritairement rattachés à l’autorité indienne d’identification (UIDAI), rejoints par un chercheur de l’IIIT Hyderabad et par Anil Jain de la Michigan State University, a publié Towards Billion-Scale Multi-modal Biometric Search. L’article présente Bharat ABIS, un système automatisé d’identification biométrique multimodal (empreintes digitales, iris et visage) bâti sur une architecture open source.

Testé sur 220 millions d’enregistrements échantillonnés dans Aadhaar, il affiche un taux de faux négatifs (FNIR) de 0,3 % pour un taux de faux positifs (FPIR) de 0,5 % sur les adultes, et, sur une galerie de 20 millions, un FPIR de 0,1 % pour un FNIR de 0,05 %. Comparées aux trois ABIS commerciaux utilisés par Aadhaar, ses performances sont jugées comparables ou supérieures. Les auteurs présentent cette approche comme viable pour les nombreux pays qui ne peuvent pas s’offrir un ABIS commercial et comptent 20 millions d’habitants ou moins.

Pourquoi c’est important : une chaîne entièrement ouverte

Les gouvernements qui bâtissent leur identité fondamentale sur des plateformes ouvertes reposent encore sur un cœur biométrique propriétaire. Le moteur de déduplication est souvent la seule brique qui reste fermée, sous licence et difficile à remplacer. Un ABIS ouvert et crédible changerait la donne : il rendrait possible une chaîne d’identité entièrement open source, sans cœur propriétaire.

Suffisant suffit souvent

La plupart des ABIS du marché suffisent déjà pour la déduplication. Les classements du NIST font ressortir les moteurs les plus rapides, mais un système hors du top 3 répondrait à beaucoup de cas d’usage, en particulier pour les pays de 20 millions d’habitants ou moins. Pour la plupart des programmes, le critère de choix devrait être l’adéquation au besoin, la soutenabilité et le coût total, pas une place sur le podium.

Un nom familier autour de la table

La présence d’Anil Jain n’est pas une surprise. C’est une figure emblématique de la biométrie, avec des travaux brillants sur la biométrie des nourrissons. Des ABIS pensés pour l’inclusion et la soutenabilité seraient une bonne nouvelle pour les gouvernements.

Pourquoi les ABIS ouverts n’ont jamais atteint l’échelle industrielle

Des solutions ouvertes existaient déjà. Elles n’ont pas atteint l’échelle industrielle pour deux raisons : l’investissement en R&D nécessaire pour rivaliser en précision et en débit, et la barrière de la certification et de l’évaluation indépendante.

La liberté, pas l’indépendance

Open source ne veut pas dire indépendance. Open source veut dire liberté. Exploiter un ABIS à l’échelle nationale demande toujours une expertise internationale : réglages, gestion de la qualité, dimensionnement, traitement de la fraude. La question à suivre est la manière dont les concepteurs de cette solution traiteront le renforcement des capacités. L’IA peut être un facteur décisif pour masquer la complexité et réduire les coûts d’installation et de maintenance.

C’est la leçon que nous avons tirée du parcours de Fayda en Éthiopie : sept ans pour construire une capacité souveraine avec MOSIP. À lire ici : Fin et début d’une quête de durabilité.

Sources : Biometric Update, Open-source-based Bharat ABIS shows potential for national-scale deduplication (23 septembre 2026) ; article scientifique sur arXiv.

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